Des fleurs pour Algernon (Daniel Keyes)

Les blogs littéraires ont ça de bons d’être une source infinie d’inspiration (ce qui n’est guère apprécié par les CB en général mais passons ^^) qui même si on ne lit pas toujours religieusement chaque critique parue, laissent cette petite trace bien ancrée en nous. C’est exactement ce qui s’est passé pour Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes : j’ai vu le titre par ci par là, mais sans y prêter l’attention nécessaire. Jusqu’à ce que je prenne enfin le temps de lire la chronique d’Acr0, qui m’a définitivement décidé à le choper dès ma prochaine virée en librairie (le lendemain quoi…) !

Des fleurs pour Algernon

Aussitôt acheté, aussitôt dévoré !

Pour ceux (au cas où il en resterait… Ne suis-je pas la dernière qui n’ai pas lu ce classique? ^^) qui voudraient garder le secret du roman intact, ne lisez pas le 4ème de couverture ! En effet, il résume de façon très générale l’histoire… Sans pour autant dévoiler toutes les subtilités du récit certes, mais suffisamment pour connaître à l’avance les différentes trames de l’intrigue, ce qui peut faire perdre en saveur à certains ou renforcer le côté terrible pour d’autres. Bon pour ma part, je l’ai lu et ça ne m’a pas dérangée plus que ça, mais sait-on jamais. Je vous aide pas là, hein? :p

Revenons en à nos moutons. Des fleurs pour Algernon, c’est donc l’histoire de Charlie Gordon, un jeune arriéré mental qui va connaitre un destin extraordinaire : servir de cobaye à une expérience scientifique ayant pour but d’accroitre ses capacités intellectuelles, au point d’en devenir un sujet tout à fait normal… A première vue une réussite, cette opération va bouleverser de façon bien plus prononcée la vie de Charlie qu’on ne pourrait le penser au premier abord.

Difficile en effet de réellement appréhender l’ensemble des changements à venir ! Là tout de suite, on pense forcément à l’intelligence elle même, à la perception du monde extérieur et aux relations avec les autres. C’est déjà beaucoup et pourtant ça n’est pas tout ! Le récit, très bien construit, nous amène donc à suivre les huit mois que durent l’histoire à travers les yeux de Charlie, et surtout ses nombreuses réflexions et commentaires via les comptes rendus écrits qu’il doit transmettre aux professeurs et dirigeants de l’expérience. On découvre alors ce personnage bêta et attachant, pour qui le monde est simple et la vie au jour le jour, travaillant à la boulangerie le jour et tentant d’apprendre à lire le soir… Devenir un génie, culminant à plus de 185 de QI ! Une sacré revanche donc, pour celui qui s’est toujours fait bousculer à l’école et constamment raillé par tous  quelque soit la situation…

Daniel Keyes nous livre ici une œuvre d’une très grande qualité. Le nombre de thèmes et de pistes abordés par Des fleurs pour Algernon est foisonnant, poussant constamment le lecteur à la réflexion, prenant aux tripes et remettant en question notre comportement face à des évènements parfois des plus ordinaires. La communication tout d’abord : l’auteur met en lumière toute l’importance du langage dans notre société et surtout de la grande subtilité de celui-ci, tant les mots et les expressions peuvent souvent avoir plus de sens qu’ils ne paraissent à première vue. A quel point la communication peut créer un mur entre deux êtres si son interprétation n’est pas la bonne ! Rendant ainsi les relations particulièrement difficiles à créer. C’est d’ailleurs de façon très douloureuse que Charlie s’en rend compte : au départ, ne percevant pas l’ironie de la situation, il pense avoir plein d’amis avec qui il peut rire à loisir. La chute sera bien évidemment très cruelle, le rendant d’autant plus amer (voire même tête à claque au fur et à mesure que son propre niveau s’élève, au point de rendre les autres stupides par rapport à lui) qu’il a du mal à se comporter en société et lier des relations durables et paisibles avec ses congénères. Toute la crasse des émotions humaines est ainsi abordée, notamment avec cette famille qui fut si particulière avec lui, tentant coûte que coûte de forger un petit garçon « normal »… Une prise de conscience difficile, car s’il assimile à toute vitesse les données brutes, il lui reste à en comprendre toutes les variations et subtilités, choses que ses contemporains ont eu des années pour les distinguer. Car oui, l’expérience des relations et des sentiments ne s’apprennent pas dans les livres... Ce point est très bien développé par l’auteur, qui nous montre ici une facette délicate, à laquelle on ne pense pas forcément au premier abord, mais qui une fois qu’on l’a repérée, se révèle des plus cruciales dans le déroulement du récit. La progression ne se fait pas en effet à la même vitesse sur tous les plans (sentimentaux, émotionnels, intellectuels) !

Un autre point très fort et particulièrement émouvant du roman, est le combat de Charlie contre lui même. Car même intelligent, il sent bien que le « vrai » Charlie est toujours là, tapi quelque part au fond de lui, prêt à reprendre possession de ce corps qui lui appartient… Un combat difficile, empoisonnant et très bien représenté sous la forme de ce petit garçon qui regarde par la fenêtre : on ressent toujours parfaitement cette sensation d’enfermement, ces complexes et cette honte qui poursuivent Charlie, même après son opération, dont il a beaucoup de mal à se détacher. Comment gérer un passage soudain en pleine lumière alors qu’on a passé sa vie à devoir se cacher constamment, n’être qu’une ombre sans pour autant vraiment savoir pourquoi?

Relativement court, voilà un ouvrage qui se lit bien entre deux pavés plus costauds, mais d’une densité d’éléments à faire pâlir n’importe quelle saga… Et c’est d’autant plus fort que ce titre fut publié pour la première fois en 1959 et reste toujours extrêmement d’actualité ! On ne ressent aucun décalage dans les propos, qui restent toujours des plus pertinents. Le titre qui prend d’ailleurs tout son sens lors de la toute dernière phrase du livre, que j’ai trouvé très touchante et qui clôture de la plus belle des façons qui soit ce bouquin…

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Une très belle découverte donc, je ne regrette absolument pas d’avoir craqué dessus ! Je n’avais encore jamais lu Daniel Keyes jusqu’à présent, ce fut donc une belle entrée en matière… Un ouvrage à recommander à tout le monde et pas uniquement aux fans de SFFF, ce qui est assez rare pour être souligné… 🙂

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10 réflexions au sujet de « Des fleurs pour Algernon (Daniel Keyes) »

  1. Oh dis donc achat rapide et consommation immédiate !
    « toute la crasse des émotions humaines » c’est tout à fait ça 🙂
    C’est vraiment une histoire crédible, j’ai trouvé que c’était un véritable tour de main que Keyes avait réalisé avec cette histoire. Très prenant aussi, évidemment.
    C’est bien sûr la dernière phrase (on parle bien du PS ?) qui m’a tiré la larme.
    Et pour finir, je suis aussi d’accord en stipulant que ce roman/novella peut plaire à tout le monde et surtout à ceux qui se disent rebuter par la « SF ».
    Bon et la couverture est quand même fantastique !

    1. J’ai la chance d’avoir une PAL ridicule, donc je peux consommer direct après achat ! 😀
      Tour de main, c’est totalement ça oui. Difficile de mettre des mots sur tout ce qu’on peut ressentir en lisant le livre, tant du point de vue de l’histoire que de la façon dont Keyes l’a réalisée! La dernière phrase c’est celle du PS oui, c’est simple mais tellement touchant !
      Quant à la couverture, je ne l’ai pas évoqué dans mon article déjà assez long, mais c’est également très très fort ! A l’achat, bah je ne la remarque pas plus que ça, si ce n’est que c’est un peu bizarre avec plein de chose entremêlé, puis le gros tilt en fin de lecture qui me fait m’extasier dessus à grand coup de « ah putaaain mais ouiii, trop bieeen! » ! x)
      Merci pour ta chronique qui m’aura bien inspirée en tout cas! 😀

  2. Et bien enfin ! Et bravo ! 😀
    Très belle chronique qui parle très bien de toute la richesse de ce livre. J’ai vu une adaptation au théâtre cette année, c’était sublime d’ailleurs. Bref c’est un chef d’oeuvre, et puis c’est tout ^^.
    Et moi aussi je trouve cette couv sublime, pleine de sens.

    1. Mieux vaut tard que jamais comme on dit ! 😀 Il y a tellement de classiques de toute façon, je me dis pour me consoler que j’en aurais toujours en retard ! ^^ Au théatre, ça devait juste être terrible ! *_*
      Et pour la couv’, comme je le disais à Acr0 juste avant, j’adore aussi, elle tombe vraiment juste ! Sobre malgré les éléments visuels assez importants, et pas du tout dans le tout-moche-mais-fait-pour-attirer-le-lecteur…

    1. Ouaip, d’ailleurs si une chronique négative existe, j’aimerais vraiment connaitre quels arguments on peut opposer à un tel bouquin ! Ca doit pas être évident… ^^

  3. Ce livre est tellement poignant. Je pense que personne ne peut ressortir indemne de cette lecture, tellement elle est pffffiou.

    Elle est restée dans ma tête des jours et des jours après la fin de ma lecture, et quand j’y repense, elle me fait encore réfléchir, des années après l’avoir lu.

    1. Ils sont trop rares les livres comme ça en plus… Catégorisé SF mais qui peut être lu par n’importe quel public, c’est encore plus fort !

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