Silo (Hugh Howey)

Oui je sais, je suis complètement à la bourre, puisque je n’ai lu Silo que maintenant, pas mal de temps après le buzz retentissant que l’ouvrage de Hugh Howey a fait sur la toile. Mais bon, que voulez-vous, les phénomènes me font globalement plus fuir qu’autre chose, je préfère les découvrir qu’une fois l’euphorie générale passée.

Alors, Silo mérite-t-il qu’on s’y attarde ?

Silo
… qui est en fait un ressort magique.

En temps normal, je n’aime pas trop rédiger de chroniques séparées pour les différents éléments d’une série, préférant aborder l’histoire et la thématique dans son ensemble pour traiter le sujet de façon plus générale, mais ici j’ai eu envie de faire une petite exception. Pour tout vous dire, j’écris même ces lignes avant d’avoir lu la suite. 

Pourquoi un tel traitement de faveur ? Tout simplement parce que j’ai eu différents échos à propos du roman et qui se sont totalement ressentis lors de ma lecture de ce tome. D’un côté, les critiques dithyrambiques que j’ai pu entrapercevoir du coin de l’oeil sur le net et de l’autre, un pote qui me dit ce weekend qu’il a vainement tenté de le lire et que c’était tout pourri. Alors que je n’avais lu que quelques chapitres. Hem, ça commençait bien ! A noter également que, même si disposant d’une suite, ce roman se lit finalement très bien en mode one shot si on le désire, contrairement à une série entière.

*

Bref, c’est bien joli tout ça, mais ça cause de quoi ? Eh bien, des derniers vestiges de l’humanité s’étant réfugiés dans un silo d’une centaine d’étages enfoui à même le sol, pour cause de surface complètement décimée, hostile et invivable, que ça soit pour les bipèdes, les quadrupèdes ou n’importe quel élément vivant. Régulièrement, un petit chanceux gagne un aller simple pour nettoyer les capteurs extérieurs chargés de montrer aux survivants à quel point ils ont de la chance de pouvoir vivre sous terre malgré les contraintes subies, renforçant au passage le tabou permanent autour de la situation à l’air libre…

Si le pitch me fait effectivement saliver (j’aime bien tout ce qui traite de postapo en général), mon entrée dans le bouquin va être des plus rudes. En effet, le lecteur est immédiatement plongé au coeur même du sujet, des éléments vitaux sont abordés mais sans pour autant être détaillés (l’extérieur, la manipulation et les rébellions régulières notamment) , sans compter la vie dans le silo en lui même qui n’est finalement qu’à peine décrite  (pourtant en proie à des entreprises privés, des mandiants ou encore des voyages !), rendant plutôt ardue la projection dans ce monde qui a pourtant tout l’air d’être une merveille technologique pour réussir à faire vivre une population entière comme si de rien n’était. Quant aux personnages, j’ai eu le sentiment de me les prendre en pleine poire de façon un peu trop brute, me les rendant difficile à cerner et ne créant pas un attachement pour eux ni d’empathie particulière. Le tout enrobé d’un style assez brouillon et pas spécialement fin, saupoudré d’un rythme assez mou du genou et irrégulier qui en devient frustrant au possible… Avouez que je vous vend du rêve là hein ?

N’aimant pas abandonner un bouquin en cours de route, je continue de m’accrocher, bien aidée par les courts chapitres qui rendent les pages plus faciles à tourner. Et j’ai bien fait ! Arrivée au tiers de l’ouvrage, on rentre enfin dans le vif du sujet, l’intrigue (facilitée par une narration plus fluide) se délie pour proposer une histoire qui se développe selon trois arcs, présentant chacun un point de vue différent sur l’action en cours. Hugh Howey commence à répondre aux questions créées auparavant, qu’il s’agisse de l’origine d’un tel monde, du nettoyage ou du rôle mystérieux de certains personnages, tout en soulevant de nouvelles interrogations sur la portée que de tels chamboulements vont apporter sur la vie bien rodée du reste de l’humanité. On échappe certes pas à un brin de caricature (notamment sur la dualité « gentil » vs « méchant ») ni à certaines facilités concernant la résolution de problèmes ou interactions entre personnages, mais on pardonne facilement à l’auteur vu l’aspect page turner que prend le récit lors de la seconde moitié de l’ouvrage.

Hugh Howey finit donc par plutôt bien retomber sur ses pattes malgré une construction un peu bancale au départ, venant probablement de la constitution même du livre. Je ne sais pas dans quelle mesure il avait réfléchi à l’ensemble de son univers lors de la parution de la nouvelle initiale mais lorsqu’on achève ce premier tome celui ci s’avère cohérent, mettant le lecteur face aux mêmes questionnements que se posent chacun des protagonistes, confrontés à des cas de figures dépassants leur simple sphère et ayant potentiellement des répercutions pouvant être dramatiques pour l’ensemble du reste de la population. Le tout s’avérant d’autant plus complexe sachant que seule une poignée d’élus dispose d’une vision globale de la situation, laissant la majorité dans l’ombre, ignorant la complexité des ramifications existantes. On se met finalement pas mal dans la peau d’un habitant lambda de ce silo, à se demander ce qu’on aurait fait à leur place sans pour autant trouver une réponse satisfaisante…

*

Hugh Howey propose ici une lecture plutôt agréable, qui bien que n’étant pas exemptée de certains défauts, finit par se révéler divertissante et accrocheuse, soulevant au passage pas mal de questions sur ce terrible monde pas si irréaliste que ça. On ne retrouve certes pas la poésie d’autres auteurs (au pif, Ian McDonald et sa Petite Déesse dont je devrais vous parler sous peu ici) mais pour un premier shot on pardonnera volontiers à l’auteur ces petites maladresses. A découvrir !

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12 réflexions au sujet de « Silo (Hugh Howey) »

  1. J’ai moi aussi eu un sentiment mitigé à la lecture de ce roman, malgré un pitch que je trouvais génial… Mais finalement, je me rends compte que j’ai aimé ce roman puisque j’y repense encore de temps en temps (alors que ça fait quand même longtemps que je l’ai lu, c’est dire!)

    1. C’est ça, le pitch est quand même vraiment bon ! J’attends de lire la suite pour vraiment me prononcer sur l’auteur, vu la construction toute particulière de Silo au niveau de l’écriture en plus de son aspect première parution. Le genre d’ouvrage qui marque aussi à mon avis car on se projette relativement facilement dans un tel monde quand on voit à quel point on peut vite se retrouver dans pareille situation finalement…

  2. Stratégie intelligente, c’est ce que je fais aussi 🙂 (à moins de lire une œuvre quand on n’entend pas encore parler d’elle, rares cas, comme Silo). Je pense que l’entrée abrupte dans l’univers favorise l’ambiance/les émotions qu’il devrait ressentir.

    1. Ouaip, c’est pas toujours évident ou possible ! C’est pas faux non plus ce que tu dis sur l’intro au bouquin mais c’est vraiment quelque chose qu’on ressent après coup finalement, comme quoi il vaut mieux s’accrocher un peu parfois ! ^^

  3. Ah clairement, Howey et McDonald ne jouent pas dans la même cour ! ^^

    J’ai bien aimé ce « Silo », même s’il n’apporte rien de foncièrement original.
    Le tome 2 est sympathique puisqu’il éclaire pas mal de choses (c’est une préquelle), malgré trop de longueurs.
    Le tome 3 joue son rôle de conclusion malheureusement sans aucune surprise.
    Pas une saga mémorable donc…

    1. Eheh, chacun son style dans tous les cas ! ^^
      Je me laisse un peu de temps avant de lire la suite, un peu peur de ce côté « bien mais sans plus » finalement. Curieuse de voir comment l’auteur va poursuivre sa carrière, pas toujours des plus évidents de commencer avec un tel succès mondial !

    1. Wouhouuuuuuu danse de la joie ! 😀
      Je vais essayer de faire un peu de ménage dans mes vieilleries aussi, à la fois au niveau chroniques et catégories, ton travail de refonte de cet été m’a bien donné envie d’un coup de neuf en plus d’une reprise ! 🙂

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